Une montre cardio pour payer moins cher sa couverture médicale

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Une des incitations symboliques de cette tendance a été celle de l'enseigne Target, qui a proposé l'année dernière d'équiper plus de 300 000 employés d'un bracelet Fitbit (mesure de la fréquence cardiaque, parmi de nombreuses autres fonctions) gratuit ou à prix réduit.

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Rob Lever
Agence France-Presse
WASHINGTON

Un peu de marche quotidienne et vous gagnez 1,50 dollar, faites plus d'exercice et c'est un bonus de 1400 dollars sur l'année: des assureurs américains veulent ainsi inciter leurs clients à se dépenser et rentabiliser leur couverture médicale.

L'idée n'est pas nouvelle, mais a pris de l'ampleur avec la popularisation des accessoires connectés (« wearables »), ces bracelets et autres gadgets qui calculent la distance parcourue ou le nombre de calories brûlées.

UnitedHealthcare, deuxième plus gros assureur médical aux États-Unis, propose ainsi à ses clients de faire de l'exercice en échange d'une réduction des coûts pour eux et leurs employeurs. Ces derniers sont en effet tenus, depuis la réforme de santé Obamacare, de proposer une couverture santé dès lors qu'ils emploient plus de 50 personnes.

« L'un de nos plus grands défis est de motiver les gens pour qu'ils se sentent responsables de leur propre santé », explique Steve Beecy de UnitedHealthcare, dont le groupe propose à ses assurés un petit boîtier servant de podomètre, entre autres fonctions.

Un sondage auprès de plus de 200 grands employeurs aux États-Unis a montré que 37 % d'entre eux utilisaient des accessoires connectés pour mesurer les performances physiques de leurs employés en 2015. D'après le National Business Group on Health qui a effectué l'enquête, 37 % envisagaient par ailleurs de s'y mettre dans les années à venir.

« Nous constatons un intérêt croissant dans l'usage de la technologie pour aider les gens à devenir de meilleurs consommateurs pour leur couverture médicale », développe Scott Marcotte, de Xerox Human Resources, qui a participé à l'étude.

Exercice ludique

Une des incitations symboliques de cette tendance a été celle de l'enseigne Target, qui a proposé l'année dernière d'équiper plus de 300 000 employés d'un bracelet Fitbit (mesure de la fréquence cardiaque, parmi de nombreuses autres fonctions) gratuit ou à prix réduit.

En plus, un concours géant a été lancé, permettant à l'équipe d'employés avec la moyenne de pas quotidiens la plus élevée de lever plus d'un million de dollars à reverser à des ONG locales.

De telles initiatives sont qualifiées de « gamification », que l'on peut traduire par « ludification »: permettre aux employés de s'amuser en pratiquant une activité bénéfique pour leur santé.

L'enjeu des récompenses financières, selon Jimmy Fleming, du groupe de consultants Healthy Wage, est essentiel. « Nous avons des clients qui proposent de subventionner totalement un programme, mais c'est moins efficace », explique-t-il. « Il faut une logique de carotte et de bâton. »

Dans certains cas, comme à l'Université Oral Roberts dans l'Oklahoma, porter une montre cardio est devenu obligatoire pour les nouveaux étudiants.

Suivis à distance?

Des critiques reprochent cependant à ces technologies de s'immiscer dans la vie privée des salariés malgré l'obligation de confidentialité imposée sur les données sur la santé.

« L'évolution des technologies est plus rapide que celle des protections légales », explique ainsi Bradley Shear, avocat spécialisé dans la protection de la vie privée.

Un rapport publié cette année par l'Université de Toronto signale ainsi que « dans certaines situations, des informations récoltées par ces objets connectés ont été utilisées dans des dossiers sur des agressions sexuelles ».

« Il y a aussi des préoccupations quant au fait que ces objets puissent être utilisés pour suivre les déplacements de leurs propriétaires », ajoute le texte.

« Le but à long terme n'est pas que vous soyez en meilleure santé, mais c'est de récolter plus de données pour les vendre et vous évaluer », estime pour sa part Barbara Duck, une consultante animant un blogue sur la santé.

Certains employés se sentent obligés de participer à ces programmes car ils n'ont pas les moyens de payer des pénalités en cas de refus, dénonce-t-elle également.

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