Téléphones intelligents d'occasion: un marché en ébullition

Les téléphones sont aujourd'hui mieux construits, plus durables... (PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE)

Agrandir

Les téléphones sont aujourd'hui mieux construits, plus durables et ont encore de la valeur trois ans après leur production, note Duncan Stewart, directeur chez Deloitte.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page Fil RSS

Cette année, les Québécois vendront plus de 300 000 téléphones intelligents d'occasion, un marché estimé à 24 milliards de dollars dans le monde. Où vont-ils ? Où vendre et acheter à bon prix ? Bienvenue dans le « marché dont vous n'avez jamais entendu parler ».

C'est « un marché dont vous n'avez jamais entendu parler », selon le cabinet Deloitte, estimé à 275 millions de dollars au Canada, 24 milliards dans le monde. Chaque année, quelque 120 millions de téléphones intelligents qui ont déjà servi sont vendus, échangés, recyclés ou jetés aux ordures.

Au Québec, ce sont environ 300 000 appareils qui seront vendus cette année pour une somme globale de 50 millions, selon une estimation fournie à La Presse basée sur un récent sondage de Deloitte. Un marché qui explose, littéralement, en hausse de 50 % par rapport à l'année dernière.

« C'est une constatation que je trouve très amusante et surprenante : on n'en parle pas, mais c'est un marché 25 fois plus important que celui de la réalité virtuelle, 2 fois celui des vêtements connectés », précise Duncan Stewart, directeur de recherche du secteur Technologies, médias et télécommunications chez Deloitte.

TÉLÉPHONES DURABLES ET PRESTIGE

Il y a plusieurs raisons à cette hausse. La première, c'est que tout un « écosystème » de revente s'est mis en place, avec les grands fournisseurs de service aux premières loges. « Il y a trois ans, quand vous vouliez redonner votre téléphone à votre fournisseur, il le refusait, explique M. Stewart. Maintenant, il vous donne un crédit de 100 $, par exemple, et il le revend reconditionné avec six mois de garantie. »

Le succès des téléphones haut de gamme, ces iPhone, Galaxy et autres Xperia Z, expliquerait également en partie la vigueur du marché de la revente. « Beaucoup de nos téléphones aboutissent en Chine ou en Russie, où ils ne veulent pas l'appareil le plus "cheap", mais une marque prestigieuse, dit le directeur de recherche. C'est plus cool d'avoir un appareil usagé de haute valeur qu'un neuf de bas de gamme. »

Les téléphones sont aujourd'hui mieux construits, plus durables et ont encore de la valeur trois ans après leur production, note Duncan Stewart. « Il n'y a pas tellement de changement de technologie. En d'autres mots, les gens ne changent pas de téléphone parce qu'il est meilleur ou plus rapide, mais parce qu'il est plus récent. »

LES QUÉBÉCOIS, MAUVAIS VENDEURS

Selon le sondage mondial de Deloitte, mené entre mai et juillet 2015, environ 12 % des propriétaires de téléphone intelligent avaient vendu leur vieux téléphone dans les mois précédents. Ce taux est de 11 % au Canada, et de 9 % au Québec. Les deux tiers l'ont vendu à un particulier, le reste l'a échangé à un fournisseur de service ou au fabricant, généralement pour un crédit.

En se basant sur les 1414 répondants canadiens, on a en outre constaté un changement des habitudes au pays : le modèle d'achat au rabais avec un contrat de deux ans est en train de se transformer, vers un système de location pendant un an avec possibilité de rehaussement.

En ce qui concerne le Québec, on a en outre découvert que près du quart des répondants, 23 % pour être plus précis, s'étaient débarrassés de leur téléphone, soit dans un des dépôts de recyclage, soit en le mettant aux ordures. Ce sont ainsi près de 800 000 téléphones québécois qui ont disparu. « C'est surprenant : ce taux n'est que de 16 % dans l'ensemble du Canada », précise M. Stewart.

QUE DEVIENNENT NOS TÉLÉPHONES ?

On dispose de très peu de statistiques sur le sort des centaines de milliers de téléphones intelligents dont se sont débarrassés les Québécois dans la dernière année. État des lieux.

PLUS D'UN ADULTE SUR DEUX

Selon la plus récente enquête du CEFRIO, 53,3 % des adultes québécois ont un téléphone intelligent, soit 3,5 millions de personnes ; 46 % ont choisi Android, 42 % un iPhone et 5 %, un BlackBerry. Le sondage mondial mené par le cabinet Deloitte indique que 9 % des propriétaires de téléphones québécois ont vendu ou obtenu un crédit pour leur vieux téléphone. Ce qui représente environ 300 000 téléphones, peut-être plus puisque certains en ont vendu plus d'un. Combien de téléphones ont été repris par les principaux fournisseurs de service ? Ni Bell, ni Rogers, ni Vidéotron, ni TELUS n'ont été en mesure de fournir ces données.

UN PORTRAIT EN COURS

Dans le sondage Deloitte, 23 % des propriétaires québécois ont déclaré avoir jeté ou fait recycler leur téléphone, soit environ 800 000 personnes. Impossible cependant de savoir combien de ces téléphones ont été recueillis par le principal organisme chargé de leur recyclage au Québec, l'Association pour le recyclage des produits électroniques (ARPE). « C'est une excellente question et on travaille à y répondre, dit Jacinthe Guy, directrice communications et marketing à l'ARPE. Nous sommes un jeune programme et on n'a pas encore ce niveau de détail pour les 150 types d'appareils électroniques que nous récupérons. » L'ARPE et Recyc-Québec prévoient publier un portrait plus complet du recyclage des téléphones cellulaires au courant de l'année.

RECYCLEURS QUALIFIÉS

Près d'un millier de points de dépôt sont gérés par l'ARPE dans plusieurs chaînes (notamment Bureau en gros, Best Buy), des commerces indépendants et des organismes comme Renaissance. Les produits électroniques, dont les téléphones, sont ensuite envoyés à l'un ou l'autre des 23 « recycleurs certifiés » par le Bureau de la qualification des recycleurs. « On s'assure de la confidentialité des données et du réemploi des appareils, indique Jacinthe Guy. Les appareils bons pour le réemploi sont reconditionnés, les autres récupérés pour les pièces ou les matériaux. »

SPÉCIALITÉ MONTRÉALAISE

On comptait cette semaine plus de 21 000 téléphones de seconde main en vente ou demandés sur les deux sites québécois de petites annonces les plus importants, Kijiji et Les PAC. Sur eBay, on trouve en outre 605 téléphones d'occasion dans un rayon de 200 km de Montréal. L'écrasante majorité des téléphones québécois, soit 20 515, sont affichés sur Kijiji, et c'est dans le Grand Montréal qu'on trouve le plus d'annonces, avec 15 745. Dans 36 % des cas, ce sont des téléphones déverrouillés. Ce sont les produits Apple qui sont les plus populaires, avec 10 133 annonces qui leur sont consacrées. Sur la totalité des téléphones proposés, le quart sont vendus à moins de 100 $. Les trois quarts sont offerts à moins de 300 $.

Partager

Sur le même sujet

Publicité
Publicité
Publicité
image title
Fermer
image title
Fermer