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Nouvel iPad: planifiée ou pas, l'obsolescence?

Alain McKenna, collaboration spéciale, La Presse
11 novembre 2012 | 06 h 00
L'iPad et l'iPad mini d'Apple.... (Photo: AP)
L'iPad et l'iPad mini d'Apple. - Photo: AP
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La quatrième génération de l'iPad, lancée six mois seulement après le modèle précédent, raccourcit de moitié le cycle de vie de la populaire tablette. Nouveau cas d'obsolescence planifiée ou, pire encore, non planifiée?

En mars dernier, Apple a dévoilé son premier iPad avec écran Retina Display. Pour témoigner de la qualité de cette technologie d'affichage, Tim Cook, son PDG, a invité sur scène les gens d'Epic Games, qui ont levé le voile sur un jeu, Infinity Blade Dungeons, qui l'exploite à fond.

Vu la popularité de la série Infinity Blade, on attendait cette nouveauté bien avant l'automne. Infinity Blade Dungeons ne sortira finalement pas avant l'an prochain. Officiellement, ce retard est causé par la création d'un tout nouveau studio, qui doit travailler exclusivement sur ce jeu. Dans les coulisses, on chuchote que c'est plutôt une question de sous-performance de l'iPad, qui a embêté plus d'un concepteur de jeux mobiles...

«L'iPad [de troisième génération] ne supportait pas vraiment la résolution élevée de son Retina Display. En gros, le processeur était inférieur de moitié à la puissance nécessaire pour contrôler correctement l'écran Retina Display sur une application aussi exigeante qu'un jeu vidéo de pointe», explique un concepteur de jeux pour iPad chez Ubisoft, qui a demandé l'anonymat (Apple est sévère dans ses relations d'affaires avec ses partenaires).

Personne chez Apple n'a voulu réagir à cette déclaration.

Désuétude accélérée

Six mois plus tard, Apple lance un iPad mini qui fait beaucoup parler de lui. Plus discrètement, le «grand» iPad est aussi entièrement transformé: il adopte la mécanique du plus récent iPhone, ce qui double sa puissance de calcul. Apple en profite pour changer le connecteur au pied de l'appareil.

Problème réglé, donc.

Ou pas: des clients parmi les plus fidèles d'Apple sont en colère, comme ils ont payé le gros prix pour acheter le plus récent gadget conçu à Cupertino. «Apple est le champion hors catégorie de l'obsolescence planifiée, mais là, ça s'accélère encore», déplore Thierry Bardini, professeur à l'Université de Montréal et auteur de Junkware, un livre paru l'hiver dernier qui traite justement du phénomène de l'obsolescence planifiée.

M. Bardini décrit deux façons d'accélérer la désuétude des produits informatiques: la manière douce consiste à offrir de nouveaux modèles plus puissants et plus attrayants. La manière forte est de proposer des logiciels et des périphériques plus exigeants, qui rendent caducs les produits anciens.

Apple connaît bien les deux techniques, et les applique tour à tour tant à ses Mac qu'à ses appareils mobiles. Pas difficile de deviner laquelle elle emprunte avec son nouvel iPad... Vu le temps qu'a probablement exigé la mise au point d'une technologie comme le connecteur Lightning, qui remplace le connecteur pour iPod qu'Apple utilisait depuis 2003, on peut même penser qu'Apple savait, au moment de lancer un troisième iPad, que ses jours étaient déjà comptés.

Pour les amateurs de nouveaux gadgets, la solution est simple, observe Thierry Bardini. «Ce n'est pas parce que les fabricants planifient l'obsolescence de leurs produits qu'on doit y adhérer.» Ceux qui en souffrent doivent casser leur dépendance au dernier cri, en d'autres mots.

Ou alors, ils feront de nouveau les frais d'une tendance qui s'accélère toujours un peu plus: l'obsolescence des produits électroniques. Soit-elle planifiée, dans le cadre d'une stratégie de marketing réglé au quart de tour, ou pas, dans le cas d'un produit moins performant que prévu.

***

L'iPad à l'école: en espérant que ça tienne jusqu'au bout...

Les écoles québécoises qui ont adopté l'iPad comme principal outil d'apprentissage se croisent les doigts: elles souhaitent qu'il soit encore assez performant une fois que les élèves auront fini de le payer...

Selon la formule adoptée par certaines écoles, comme le collège Jean-Eudes du quartier Rosemont, à Montréal, les paiements pour l'iPad sont étalés sur trois ans. Trois ans, c'est aussi l'âge de la première génération de la tablette d'Apple, celle que le plus récent logiciel d'Apple, iOS 6, ne supporte pas.

Autrement dit, à mi-chemin durant leur séjour au secondaire, les élèves seront enfin propriétaires d'une tablette qui pourrait bien être désuète. Surtout si, comme l'indique le lancement rapproché de deux générations d'iPad en six mois, Apple accélère la cadence de mise à niveau de sa populaire tablette.

«Idéalement, on espère pouvoir utiliser la même tablette jusqu'à la 5e année», indique Yves Leclerc, un des deux analystes informatiques qui supervisent le déploiement de l'iPad au collège Jean-Eudes. «Si l'iPad va bien dans trois ans, on ne le changera certainement pas, mais on ne sait jamais, avec Apple...»

Apple, pour le meilleur et pour le pire

Avant d'adopter l'iPad, la direction de Jean-Eudes s'est assurée que les applications utilisées en classe fonctionneraient toujours cinq ans plus tard. Réaliste, leur expert en la matière sait bien qu'en informatique, c'est une éternité. Même trois ans, c'est long. Depuis 2009, Apple a produit cinq modèles d'iPad différents, si on compte l'iPad mini...

«Notre logiciel de contrôle peut empêcher des mises à niveau qui seraient incompatibles avec nos applications», explique M. Leclerc, qui ne voit pas l'iPad être remplacé par un produit concurrent, peu importe la stratégie d'Apple.

«Leur soutien technique au milieu éducatif est unique. On ne trouve pas ça du côté des tablettes avec le système Android ou Windows, qui ciblent davantage les entreprises. Nous sommes liés à Apple pour un bon bout.»

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