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Comment internet nous espionne: notre cyberprison

Rudy Le Cours, La Presse (Montréal)
29 avril 2013 | 08 h 14
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L'attaque terroriste au marathon de Boston et le complot déjoué pour faire sauter un train au-dessus de la rivière Niagara ont fait ressortir à quel point la surveillance policière dispose désormais de moyens très puissants.

Au point où l'on ne peut s'empêcher de se demander quelles sont les garanties que l'État peut encore offrir à nos libertés de circuler et de commercer.

Menace sur nos libertés: Comment Internet nous espionne, comment résister est un brûlot inquiétant qui va bien au-delà de la théorie du complot. «Il y a aujourd'hui une militarisation du cyberespace au sens d'une occupation militaire, soutient Julian Assange. Quand on communique sur l'internet, quand on communique par un téléphone portable, qui est aujourd'hui raccordé à l'internet, ces communications sont interceptées par des services de renseignements militaires [...]. L'internet, qui était censé constituer un espace civil, est devenu un espace militarisé.»

Dans cet essai, qui prend la forme d'une conversation animée par le concepteur de WikiLeaks avec trois autres pirates et experts en cryptage, on explique comment fonctionne la lourde quincaillerie du cyberespace.

On souligne aussi que les données sont surtout concentrées sur des serveurs situés aux États-Unis et accessibles sur demande aux services de renseignements américains.

Quand la Russie a demandé que les transactions commerciales réalisées avec la carte Visa sur son territoire soient traitées chez elle, on lui a dit: non merci. Ça signifie, ironisent les panélistes, que lorsque Vladimir Poutine s'achète une vodka, la CIA est en mesure de savoir où et quand, à la minute près!

Les Apple, Google, Visa, PayPal et autres Facebook de ce monde ont accepté de donner accès à leurs données en échange de l'immunité en cas de crimes où elles auraient servi d'outils. L'exemple des transmissions de communications de BlackBerry à BlackBerry, censées être confidentielles, est aussi cité.

Selon les panélistes, quatre raisons sont toujours évoquées pour justifier le contrôle accru de l'internet par les forces policières ou de renseignements, quatre raisons qu'ils surnomment les «Quatre cavaliers de l'Infocalypse: le blanchiment d'argent, les drogues, le terrorisme et la pornographie infantile».

«Leur spectre sert à dénigrer les technologies de préservation de la confidentialité parce qu'il ne fait aucun doute qu'il faut vaincre ces quatre groupes», soutient Jacob Appelbaum, une personnalité américaine du logiciel libre et un chercheur indépendant en sécurité informatique.

Cet écran de vertu protège aussi le statu quo économique et freine l'innovation. Les géants en place jouissent de la protection de l'État en échange du partage de renseignements.

On devient dès lors très réticent à la venue de nouveaux joueurs, comme en font foi les tentatives de légiférer pour étouffer certaines initiatives au nom de la protection des brevets ou de droits d'auteur qui n'appartiennent plus à leurs créateurs. (Plusieurs exemples sont cités dans les nombreuses notes en fin de chapitre.)

Voilà pourquoi les quatre préconisent le cryptage, une manière efficace de contrer ce qu'ils voient comme de la répression. Survient toutefois une nouvelle difficulté: les ordinateurs sont de plus en plus normalisés et difficiles à modifier. Bref, la vie des pirates est plus compliquée qu'il y a une dizaine d'années.

En fait, plusieurs pirates sont désormais recrutés par l'armée et ils ont pour mission de simuler des attaques sur des sites, alors que d'autres doivent en même temps imaginer des stratégies pour défendre ces mêmes sites.

Les quatre panélistes se définissent d'ailleurs plutôt comme des cypherpunks, c'est-à-dire des militants qui recourent à la cryptographie et à d'autres méthodes du même type comme instrument de changement social et politique. «Une élite rebelle du high-tech», résume Assange.

Cette élite revendique des logiciels libres et gratuits ainsi qu'une quincaillerie libre et ouverte, seules garanties désormais, à leurs yeux, du monde libre qu'avait laissé miroiter l'internet au début de sa démocratisation.

Menace sur nos libertés: Comment Internet nous espionne, comment résister. Julian Assange avec Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann. Robert Laffont. 246 pages.

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