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Métier: exterminateur de pourriels

Philippe Mercure, La Presse (Montréal)
06 mars 2013 | 08 h 54
David Poellhuber...
David Poellhuber -
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Personne n'aime les pourriels. Mais peu de gens leur vouent une haine aussi tenace que David Poellhuber.

L'homme a fondé ZeroSpam, une entreprise qui lutte contre ces messages importuns et souvent dangereux qui encombrent les boîtes courriel de quiconque possède une adresse électronique.

«Chaque jour, on intercepte de 12 à 14 millions de pourriels. Et ça me procure une immense satisfaction», lance M. Poellhuber, qui a fait imprimer le titre «exterminateur en chef» sur sa carte professionnelle.

«Je ne me prends pas assez au sérieux pour me faire appeler chef de la direction», lance-t-il.

Difficile, en effet, d'accuser ZeroSpam de se prendre trop au sérieux. Annoncée par aucune enseigne, l'entreprise est nichée dans des locaux qui ressemblent à un grand appartement d'étudiants. On y accueille les visiteurs dans la cuisine en leur servant une pointe de tarte.

Mais il ne faut pas croire que ZeroSpam ne prend pas sa mission à coeur. Épaulés par des serveurs distribués dans la métropole et des algorithmes intelligents capables d'apprendre et de s'améliorer eux-mêmes, ses 10 employés passent au peigne fin les courriels de plus de 600 clients, de VIA Rail à la Société des alcools du Québec (SAQ) en passant par la Ville de Québec, le Directeur général des élections du Québec et la CSN.

«On est le filtre Brita de l'internet», lance David Poellhuber, selon qui 95% du trafic courriel est aujourd'hui constitué pourriels.

Double mission

La tâche de ZeroSpam est double. Il faut évidemment intercepter toutes les tentatives d'extorsion de compte bancaire, opérations d'hameçonnage et les autres messages non sollicités annonçant que l'on a gagné une loterie en Côte d'Ivoire, suscité l'intérêt d'une veuve millionnaire ou obtenu un rabais du tonnerre sur le Viagra.

Mais il faut aussi éviter de bloquer les courriels légitimes. Car la seule chose pire que de recevoir un courriel non sollicité est de ne jamais recevoir celui envoyé par un client ou un ami contenant des informations importantes.

«Dans notre jargon, on appelle ça des faux positifs, dit M. Peollhuber. C'est la bête noire de notre industrie.»

En janvier, ZeroSpam a participé à une compétition internationale tenue au Royaume-Uni visant à comparer différentes solutions antipourriels. La boîte de 10 employés, qui se bat contre des géants comme McAfee, Symantec ou GFI, a raflé le troisième rang mondial. ZeroSpam a bloqué 99,89% des pourriels envoyés, mais, surtout, n'a généré aucun faux positif.

Une allergie à la sollicitation

David Peollhuber a vécu son premier contact avec les pourriels en 2002. À l'époque, celui qui tient une entreprise d'hébergement de sites web découvre que ses systèmes ont été piratés pour distribuer des courriels indésirables partout sur la planète.

«J'ai une sacro-sainte allergie à la sollicitation, et je tiens à ma vie privée, explique M. Poellhuber. C'est pour ça que l'on ne me trouvera pas sur Facebook. Alors, quand j'ai vu que des vilains utilisaient mes propres ressources pour faire ce qui m'horripile le plus dans la vie, je me suis posé des questions. D'où ça vient? Comment ils font?»

Sans le savoir, M. Peollhuber venait de mettre un doigt dans l'engrenage. Il se bricole bientôt une façon de protéger ses systèmes qu'il améliore sans cesse. Un jour, il réalise qu'il a entre les mains un produit commercialisable.

«J'ai été à la bonne place au bon moment, analyse-t-il. Jamais, à l'époque, on n'aurait pu prédire que les pourriels allaient devenir le fléau qu'ils sont aujourd'hui.»

Dix ans plus tard, ZeroSpam réussit toujours à tirer son épingle du jeu dans un marché dominé par les grandes entreprises. Son secret?

«Ici, on répond au téléphone, dit David Poellhuber. On offre un service personnalisé. Si le serveur d'un client plante, on peut stocker ses courriels, par exemple, et les lui renvoyer quand il est prêt à les recevoir.»

Mais ZeroSpam a aussi un autre argument à présenter à ses clients canadiens: ses serveurs sont à Montréal plutôt que sur le sol américain. La différence? Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Patriot Act permet au gouvernement américain de mettre son nez dans toutes les données qui transitent par les États-Unis.

«Pour toutes sortes de raisons, dont des raisons légales, certains de nos clients ne peuvent pas exposer leurs données à ce risque, dit M. Poellhuber. Ça fait de nous un prestataire privilégié pour les organismes publics, notamment.»

Évidemment, ZeroSpam doit aussi remplir ses promesses. C'est pourquoi elle raffine sans cesse ses algorithmes pour rester à la fine pointe de la technologie.

Les prochaines étapes?

«On veut devenir le leader incontesté partout au Canada, dit David Poellhuber. Ensuite, on va regarder du côté des États-Unis.»

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