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Les piratages de médias obligent Washington à agir

Rob Lever, Agence France-Presse (Washington)
02 février 2013 | 00 h 20
Les récents piratages informatiques visant plusieurs médias américains et... (Photo La Presse, David Boily)
Photo La Presse, David Boily
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Les récents piratages informatiques visant plusieurs médias américains et attribués à la Chine soulignent le besoin pour Washington d'agir, estiment des experts en sécurité informatique.

Les quotidiens américains New York Times et Wall Street Journal ont rapporté cette semaine que leurs ordinateurs et systèmes informatiques avaient été piratés, pointant du doigt le gouvernement chinois.

Pour James Lewis, spécialiste en sécurité informatique au Centre des études stratégiques et internationales (CSIS), les preuves d'une implication de Pékin dans ces attaques sont, «à un niveau classifié, évidentes».

Des pirates chinois ont déjà été accusés d'avoir attaqué le géant américain de la défense Lockheed-Martin, le groupe internet Google ou encore Coca-Cola. Des pirates auraient aussi tenté d'infiltrer des ordinateurs du Pentagone ou ceux d'élus américains.

«Les Chinois ne respectent pas les règles du jeu qui sont suivies ailleurs», affirme M. Lewis. «C'est parce que, pour une partie, ils ne les comprennent pas, et pour une autre, ils ne leur accordent pas de valeur».

Ces attaques «atteignent un niveau intolérable» et vont forcer le gouvernement américain à réagir, estime encore M. Lewis.

«Une des choses que vous apprenez en négociant avec les Chinois c'est qu'ils ne réagissent pas toujours par des déclarations», explique-t-il, en invitant les États-Unis à «réfléchir aux actions qui pourraient venir renforcer les déclarations».

Le président de Google Eric Schmidt prévient même que les États-Unis seront «en position de faiblesse» en matière de piratage informatique par rapport à la Chine. Pékin est le pirate informatique le «plus sophistiqué et le plus prolifique», ajoute-t-il dans son livre «The New Digital Age», à paraître en avril et cité vendredi par le Wall Street Journal.

La secrétaire d'État Hillary Clinton a affirmé jeudi que son gouvernement avait noté une hausse du nombre de ces attaques informatiques contre les institutions américaines, mais aussi contre des entreprises privées, et que le problème serait abordé lors de rencontres internationales.

«Que les choses soient claires, et je ne m'adresse pas seulement à la Chine, (...) les États-Unis vont prendre des mesures pour protéger non seulement le gouvernement, mais aussi le secteur privé» de ces intrusions, a-t-elle déclaré.

«Très dur de neutraliser» les pirates

Graham Cluley, consultant en technologie pour la société britannique Sophos, note que les médias ne pensaient pas, jusqu'à présent, pouvoir être la cible de tels piratages.

Le but est sans doute de «trouver les sources des médias, les personnes que les journalistes ont rencontrées et prendre des mesures contre elles», avance-t-il.

Mais même si l'origine des attaques est confirmée, «il est très dur de neutraliser» les pirates, parce qu'ils peuvent facilement déménager. «Est-ce que vous voulez bloquer internet dans tout un pays» pour les retrouver ?», interroge-t-il.

Le ministère chinois de la Défense a de son côté affirmé que l'armée chinoise n'avait «jamais soutenu de cyberattaque».

Ryan Sherstobitoff, chercheur de la société McAfee, indique que d'un point de vue technique, «il est difficile de trouver l'origine» des attaques parce que la diffusion des données peut se faire depuis plusieurs endroits.

La majorité des intrusions surviennent quand on ouvre par inadvertance la pièce jointe d'un courriel personnalisé. Cette technique de «l'hameçonnage» permet ensuite d'installer un logiciel malveillant pour contrôler les données.

Jody Westby, consultante en sécurité informatique et membre du Georgia Institute of Technology, souligne quant à elle que ces attaques «montrent les insuffisances de la diplomatie américaine en matière de menace informatique».

«Pourquoi les responsables politiques ne dénoncent-ils pas publiquement ces attaques, même si cela froisse les susceptibilités ?», lance-t-elle dans un blogue du magazine Forbes.

Andrew Mertha, spécialiste de la Chine à l'université Cornell, affirme que ce type d'espionnage «n'est pas nouveau» en Chine, mais qu'il montre «la façon maladroite qu'a la Chine d'exercer un pouvoir discret».

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