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Poderopedia, un outil pour débusquer les conflits d'intérêt

Agence France-Presse (Santiago du Chili)
17 janvier 2013 | 06 h 42
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Quelles sont les entreprises dont cet homme politique détient des actions? Quels sont les cercles d'influence de cet entrepreneur? En un clic sur Poderopedia, les Chiliens pourront désormais déceler d'éventuels conflits d'intérêts et acquérir une meilleure visibilité des cercles du pouvoir.

Ce nouveau site internet, mis en ligne fin 2012 grâce au financement d'un prix de la fondation américaine Knight News Challenge, organise des informations extraites de plateformes publiques telles que les bases de données gouvernementales, d'entreprises, bilans financiers. Ces éléments ont été vérifiés, complétés et classés par une équipe de journalistes.

Un logiciel créé sur mesure a ensuite analysé tous ces éléments et créé des arborescences interactives des réseaux de relations.

Son fondateur, le journaliste Miguel Paz, explique que Poderopedia est élaboré pour révéler très rapidement «qui est qui dans le monde des affaires et de la politique, et propose des cartes de connections entre» toutes ces personnes.

Le fait de «savoir qui se trouve dans les sphères d'influence du pouvoir, que détiennent-ils, te permet de comprendre beaucoup de choses», explique-t-il.

Avec cet outil, journalistes ou citoyens peuvent avoir un accès direct à toutes les données disponibles sur les personnalités publiques chiliennes. Mais on pourra également recueillir des éléments sur les dirigeants de son entreprise ou savoir qui dirige et finance l'université privée où veut étudier son enfant, souligne M. Paz.

À ce jour, quelque 4000 personnes, entreprises et organisations - les trois rubriques du portail - ont été cartographiées par Poderopedia, qui pourrait être traduit «Pouvoirpedia» en français.

Un site «d'utilité publique»

En sélectionnant par exemple l'ex-présidente chilienne Michelle Bachelet (2006-2010), on a directement accès aux noms de tous les membres de sa famille et aux contacts et métiers de ces derniers.

Sont également en ligne son CV complet, les noms de ses trois compagnons successifs connus, ceux d'une dizaine d'amis ainsi qu'une arborescence en étoile avec toutes les personnes et organisations intégrant son réseau.

Mais on y trouve aussi d'autres personnalités moins en vue, comme par exemple le député de l'Union démocratique indépendante (droite, au pouvoir) Ernesto Silva Mendez, qui préside la commission des finances de la Chambre des députés.

Selon Poderopedia, M. Silva est actionnaire de Banmedica, une assurance médicale privée. Le site rappelle aussi que le député avait voté l'année dernière contre un projet de loi portant création d'un plan de santé garanti obligeant les assureurs privés à assurer une couverture égale et aux mêmes tarifs à tous leurs clients, indépendamment de leur âge ou d'autres facteurs de risques.

En allant un peu plus loin, on trouve dans la liste des entrepreneurs liés à Banmedica Carlos Alberto Delano, un riche entrepreneur connu pour «être un important contributeur de campagnes politiques, en particulier pour l'UDI».

Selon le portail, cet homme est «un ami intime du président Sebastian Piñera, qu'il connaît depuis qu'ils ont étudié ensemble à l'Université catholique» de Santiago.

Poderopedia, présenté par son fondateur comme un site «d'utilité publique», «peut être utile aux médias, aux décideurs, ou même à des investisseurs étrangers qui souhaitent prendre connaissance des réseaux d'influence»du Chili, explique à l'AFP l'analyste politique Cristobal Bellolio, de l'Université Adolfo Ibañez.

Selon lui, ce portail est très utile, car en Amérique latine, il existe un problème structurel qui rend ses élites «peu perméables».

En même temps, «au Chili, ce sont toujours les mêmes qui apparaissent dans les connections sociales», poursuit l'analyste. Et Poderopedia a pour principale ambition de les faire connaître.

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