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Dans l'ombre des sites d'information, les modérateurs de l'internet veillent

Agence France-Presse (Paris)
04 décembre 2012 | 09 h 11
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Des dizaines de milliers de commentaires publiés par jour, parfois racistes, diffamatoires ou orduriers: les modérateurs des sites d'information en ligne scrutent la toile en permanence et jonglent entre censure et liberté d'expression pour que le web demeure un espace convivial.

En ce vendredi de fin novembre, l'affaire Dominique Strauss-Kahn/Nafissatou Diallo et l'hypothèse d'un arrangement à l'amiable entre les deux parties, moyennant des dommages et intérêts substantiels, provoque nombre de réactions.

«La pipe la plus chère du monde», s'amuse un internaute sous l'article en ligne de ce quotidien gratuit qui reçoit de 200 à 300 000 commentaires par mois.

«Censuré"» juge sans ciller Davy, 36 ans, qui supervise une partie des modérateurs travaillant chez Netino. Cette entreprise, basée à deux pas du musée du Louvre, à Paris, travaille comme sous-traitant pour la plupart des médias français, les sites de rencontre et gère les pages Facebook de grandes marques.

«C'est vulgaire, on ne peut pas laisser passer ça. En revanche, celui-ci : Je veux bien me faire agresser sexuellement, on le laisse, même si l'humour est douteux», poursuit ce comédien de formation.

En fonction des médias, les commentaires sont traités avant d'être visibles en ligne ou a posteriori. Sur quelque 140 modérateurs, 15 à 20% sont basés en France, le reste étant délocalisé dans des pays francophones, notamment en Afrique. 24 heures sur 24, ils lisent des messages allant d'un simple «LOL» (le populaire acronyme pour «laugh out loud» - mort de rire -) à plusieurs paragraphes, sans oublier les photos. En moyenne, chacun en traite 80 par heure.

Outre la maîtrise des acronymes et autres expressions qui parsèment internet, le maniement du sarcasme et du second degré est indispensable.

C'est pour cela que la «modération 2.0» ne pourrait pas être réalisée par des ordinateurs, selon Jérémie Mani, président de Netino.

Espaces privés

«On nous reproche souvent d'être à la limite de la censure. Il faut bien comprendre que l'on modère les sites des éditeurs et que ces espaces privés ce n'est pas internet. Les internautes sont invités à s'exprimer dessus. À priori, toutes les idées ou opinions sont les bienvenues», explique-t-il.

«Il faut juste être un minimum respectueux. Si vous m'invitez chez vous à dîner le soir, je ne vais pas mettre les pieds sur la table basse même si je le fais chez moi. Si les règles du forum ne vous conviennent pas, rien ne vous empêche d'ouvrir votre propre blogue», poursuit Jérémie Mani, expliquant que chaque site définit les limites de la liberté d'expression dans sa «charte».

«Certains ont des chartes plus coulantes que d'autres pour générer le buzz. D'autres sont très respectueux de leur image de marque et n'accepteront aucun débordement», explique le patron sans citer de nom.

Parmi les sujets les plus polémiques : le conflit israélo-palestinien, la burqa, la place des immigrés ou des Roms dans la société mais aussi le mariage gay.

Ces sujets engendrent systématiquement des propos agressifs, vulgaires voire racistes ou diffamatoires.

Certains utilisateurs ayant lourdement dérapé à plusieurs reprises sont bannis des sites d'information en ligne à travers le blocage de leur adresse IP. Les cas de menaces de suicides ou d'attentats, de pédophilie ou de prostitution sont signalés à la gendarmerie.

En moyenne, 20 à 30% des commentaires publiés sont censurés.

«On rigole les 15 premiers jours et après on prend de la distance", confie Davy, le superviseur, qui avoue tout de même avoir été heurté notamment "par des pseudos d'internautes qui indiquaient clairement rechercher des mineurs».

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