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L'affaire Petraeus relance le débat sur la protection des données sur le Web

Agence France-Presse (Washington)
15 novembre 2012 | 06 h 57
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L'enquête à rebondissements qui a conduit à la démission du chef de la CIA David Petraeus a relancé le débat sur les questions de protection de la vie privée sur internet et la capacité des gouvernements à s'immiscer dans les boîtes mails des internautes.

«Quand même le directeur de la CIA ne peut pas cacher ses activités en ligne, que pouvons-nous espérer?», s'est lamenté Chris Soghoian, de l'Union des libertés civiles américaines.

«Cela doit servir d'avertissement, ça montre comment le gouvernement peut percer l'anonymat des correspondances sans même avoir besoin d'un mandat de recherche ou une injonction d'un tribunal indépendant», a-t-il ajouté.

«La protection de nos courriels est très loin de ce qu'elle devrait être. Il faut moderniser les lois qui protègent notre vie privée».

David Petraeus a démissionné vendredi dernier quand il est devenu clair que sa liaison extraconjugale avec Paula Broadwell, sa biographe, allait devenir publique.

Des agents du FBI ont découvert cette liaison presque par hasard, quand Jill Kelley, une amie de M. Petraeus et d'un autre général, John Allen, a signalé à un agent fédéral avoir reçu des courriels de menace. Les enquêteurs ont rapidement trouvé que ceux-ci avaient été envoyés par Paula Broadwell et ont découvert du même coup sa liaison avec M. Petraeus.

«C'est troublant parce qu'on ne sait pas ce qu'ils avaient l'autorisation de faire», a réagi James Lewis, du Centre stratégique des études internationales.

Selon M. Lewis il n'est ainsi pas sûr que Mme Broadwell savait quels étaient ses droits avant de laisser les agents du FBI accéder à ses courriels.

«Pas d'autorisation, pas d'enquête»

Il a ajouté que même les agences d'espionnage, comme l'Agence de sécurité nationale (NSA), quand ils recherchent des terroristes, doivent agir en respectant des «conditions légales très strictes» avant de pouvoir accéder à des emails.

«Nous devons être clairs sur les règles concernant l'accès à des courriels sans mandat. La règle de base devrait être: pas d'autorisation par un tribunal, pas d'enquête», a ajouté James Lewis.

Pour l'heure on ne sait pas précisément de quels moyens légaux disposaient les agents du FBI. Selon certains rapports ceux-ci auraient pu avoir un mandat d'un tribunal qui leur aurait permis d'accéder au compte Gmail de Paula Broadwell.

La propension des autorités à s'immiscer dans des échanges privés a en tout cas été mise en exergue cette semaine par Google, qui a souligné dans son rapport semestriel sur la transparence l'augmentation des demandes des gouvernements à pouvoir accéder aux données personnelles de certains utilisateurs.

Sur les six premiers mois de 2012, Google dit avoir reçu 20 938 demandes émanant d'organismes gouvernementaux souhaitant obtenir des informations sur 34 614 comptes d'utilisateurs, dont 7.969 aux Etats-Unis.

Google, qui a souligné l'augmentation constante de ce type de demandes ces derniers mois, a coopéré dans 90% des cas.

L'affaire Petraeus va certainement faire bouger les choses au Congrès américain, où le sénateur démocrate Patrick Leahy a par exemple proposé un texte requérant un mandat pour solliciter un accès à des comptes emails.

Son collègue républicain Charles Grassley a de son côté noté que les communications par courriels pouvaient ne pas être privées.

«Tout ce que je mets sur mon Iphone ou mon Blackberry, je considère juste que ça devient public, et je ne serais pas surpris que le FBI soit en train d'écouter cette conversation», a dit M. Grassley dans une interview à Radio Iowa.

«Je ne sais pas si légalement ils ont le droit de le faire, mais je présume qu'ils ne feraient pas quelque chose d'illégal», a-t-il espéré.

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