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À quand un ministre du numérique?

Nathalie Collard, La Presse (Montréal)
16 septembre 2012 | 06 h 00
Certaines personnes affirment qu'il est temps que le Québec imite les provinces... (Illustration La Presse)
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Le secteur du numérique est dynamique et bouillonnant au Québec. Le problème, c'est qu'il n'y a aucune vision, aucune stratégie. Ce constat, ils sont plusieurs à le faire. Tant les associations qui représentent les entreprises que les acteurs qui logent du côté de la création affirment qu'il est temps que le Québec imite les provinces canadiennes, la France et les États-Unis, en créant à son tour un poste (ministère, secrétariat?) qui mettrait au point et appliquerait une stratégie numérique pour la province.

«Pour l'instant, le numérique est un ensemble de blocs - l'innovation, les données ouvertes, le gouvernement en ligne, la connectivité, etc. - qui sont tous traités séparément, déplore Monique Savoie, présidente fondatrice et directrice artistique de la Société des arts technologiques (SAT). Il y a des connaissances dans chaque secteur, mais il manque une intelligence globale pour traiter le dossier comme un tout.» Or, poursuit Mme Savoie, la culture numérique englobe plusieurs champs de la société, de l'économie à la santé en passant par la culture. «Il faut quelqu'un qui ait une vision horizontale, dit-elle. Il s'agit d'un nouveau terrain de jeu économique à exploiter.»

«L'industrie du tourisme génère 10 milliards de dollars de profits et crée 40 000 emplois, note la spécialiste du commerce électronique et consultante Michelle Blanc. Les technologies de l'information créent le même nombre d'emplois, mais génèrent deux fois plus de profits. Si le tourisme a son ministère, le numérique devrait avoir le sien.»

Quand on la compare au reste du Canada, force est de constater que la Belle Province accuse un certain retard sur la concurrence. «Plusieurs provinces ont créé un ministère de l'Innovation, explique Nicole Martel, présidente de l'Association québécoise des technologies. L'Ontario et le Manitoba, entre autres, sont très dynamiques dans ce domaine. Il n'y a malheureusement pas d'équivalent au Québec, où le numérique est traité par des ministères à vocation économique et donc sans attention particulière. Il y a quelques années, nous étions considérés comme un modèle, mais là, on va se faire damer le pion.» Pierre Proulx, directeur général d'Alliance numérique, est du même avis: «On aimerait quelqu'un qui ait une vision du numérique ET un oeil économique.»

Des illettrés du numérique

De son côté, Jonathan Brun, cofondateur de Québec ouvert, estime qu'il est essentiel qu'on nomme quelqu'un qui a le pouvoir de faire bouger les choses. «Nos dirigeants sont des illettrés du numérique, ils ne réalisent pas son impact sur la société.»

«Il existe une méconnaissance du numérique chez les fonctionnaires et dans les ministères québécois qui fait en sorte que le dossier n'avance pas aussi vite qu'il devrait», confirme Vincent Gautrais, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire en droit de la sécurité et des affaires électroniques. L'inexistence d'une stratégie donne également lieu à de mauvaises décisions (pensons seulement à l'achat de tableaux numériques qui ne sont toujours pas utilisés à leur plein potentiel dans certaines écoles, faute de formation). «Nous sommes encore frileux vis-à-vis des technologies, poursuit M. Gautrais. Il faudrait nommer une personne qui ait une approche multidisciplinaire lui permettant de mettre son nez partout, dans tous les ministères.»

Selon Michelle Blanc, qui a questionné les cinq chefs de parti sur leur vision du numérique durant la campagne électorale, «plus cette personne sera élevée dans la hiérarchie, plus cela enverra le signal que le sujet est pris au sérieux».

L'idée d'un plan numérique, l'équivalent du Plan Nord pour le monde de la technologie, revient sur toutes les lèvres. Il permettrait de positionner le Québec sur la scène internationale.

Une commission parlementaire

Un petit groupe d'acteurs du numérique québécois vient justement de former un comité de réflexion qui travaille à un tel plan. Composé d'une dizaine de personnes parmi lesquelles on trouve Claude Malaison (fondateur de la conférence Webcom-Montréal et de la firme émergenceweb), Michelle Blanc et Mario Asselin (candidat non élu de la CAQ), ce comité recommandera, tel que le faisait le rapport Gautrin, de concentrer au conseil exécutif la gouvernance des communications, de l'information et des technologies. Il compte également formuler de nombreuses propositions parmi lesquelles la création d'une commission parlementaire sur le sujet. «Dans les années 60 et 70, Lévesque et Bourassa ont développé une vision à partir de l'hydro-électricité. Il faut faire de même avec le numérique», croit Michelle Blanc.

«Les réseaux, c'est l'ADN des Québécois, renchérit Monique Savoie, de la SAT. C'est à partir des réseaux que nous nous sommes développés, il ne manque que la volonté politique pour continuer à le faire.»

Quels seraient les dossiers à traiter en priorité? Gouvernement en ligne, infrastructures numériques, données ouvertes, transfert de connaissances auprès des entreprises, crédits d'impôt incitatifs... Bref, tout dépend de la personne à qui l'on parle. Preuve qu'un plan est plus que nécessaire.

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