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Le journalisme d'enquête trouve une nouvelle vie avec le Web

Agence France-Presse (New York)
04 septembre 2012 | 07 h 28
D'aucuns comparent ce que sont devenus les médias...
D'aucuns comparent ce que sont devenus les médias américains à des «McDo de l'information», avec des articles aussitôt produits, aussitôt consommés. -
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À l'heure de Twitter et des chaînes d'information en continu, on disait le journalisme d'investigation moribond et la presse locale condamnée. Pourtant, une jeune génération de journalistes aux États-Unis est en train de faire revivre sur internet des enquêtes en profondeur bien écrites.

Narratively, qui doit être lancé le mois prochain et se concentrera sur New York, atavist.com ou byliner.com, fondés l'an dernier, ou longform.org, l'année précédente: ces sites internet cherchent de nouvelles manières de rendre rentables les enquêtes de longue haleine qu'a presque abandonnées la presse papier traditionnelle.

D'aucuns comparent ce que sont devenus les médias américains à des «McDo de l'information», avec des articles aussitôt produits, aussitôt consommés.

Mais «Narratively», le site que s'apprête à lancer Noah Rosenberg, un jeune journaliste indépendant talentueux qui a travaillé pour le prestigieux New York Times, sera plutôt comme un plat amoureusement cuisiné qui aurait mijoté durant des heures.

«On veut vraiment s'attarder sur certains sujets», dit le jeune homme dans un café de Brooklyn, qui sert parfois de bureau à sa start-up.

Son équipe d'une trentaine de jeunes journalistes de talent vont délaisser les nouvelles d'actualité pour se consacrer à des sujets originaux, dégoter des informations sur l'envers du décor. Des sujets locaux, consacrés à New York.

Longues à faire, leurs enquêtes prendront aussi, à 5000 mots l'article, un certain temps à lire.

Ce ne sera pas de l'actualité, mais des papiers «qu'on pourra relire un, deux ou trois ans plus tard et qui auront encore un sens», explique Rosenberg, 29 ans, qui maîtrise aussi bien l'écrit que la photo et la vidéo.

Un projet aussi ambitieux pourrait paraître chimérique à l'heure où les «tendances du jour» sur le site Yahoo font la part belle aux histoires de stars et où le très populaire site Buzzfeed met en page d'accueil «les photos des bébés et chats les plus mignons».

La baisse des revenus publicitaires et les nombreuses fermetures de journaux font que seule une petite élite peut encore se permettre de conserver des journalistes mandatés pour des enquêtes au long cours. Les plus connus restent The New Yorker ou le New York Times magazine.

Atavist.com, longform.com ou le futur Narratively ne paraissent qu'en ligne. Ils n'auront donc jamais de contraintes de place et pourront explorer toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies.

Une expérience nouvelle pour le lecteur

Le site atavist.com, basé à Brooklyn, vend sur internet aux lecteurs des articles «plus détaillés que ceux des magazines», mais moins longs, «moins chers et plus dynamiques» qu'un bouquin, sous une forme multimédia accessible sur tablettes ou iphone et ipad.

C'est une expérience nouvelle pour les lecteurs, qui peuvent entendre tout autant que lire les auteurs, ils ont accès à des cartes, à des photos, à des vidéos.

Adopter toutes les innovations technologiques est crucial pour cette renaissance du journalisme d'investigation, affirme Evan Ratliff, cofondateur d'Atavist.

«Beaucoup de gens veulent lire des choses approfondies, bien racontées», assure-t-il dans un entretien téléphonique à l'AFP.

«J'espère surtout qu'avec internet on trouvera de nouvelles manières de rapporter de manière agréable une importante somme d'informations compliquées», souligne Paul Janensch, un professeur de journalisme à l'Université de Quinnipiac.

Longform.org et Longreads.com créent des communauté de lecteurs qui partagent des papiers glanés sur l'internet ou leur propres productions.

Byliner, en outre, commande des articles originaux de 5000 à 30 000 mots, vendus par Amazon et Apple.

Noah Rosenberg souhaite exploiter le même modèle avec une écriture originale, de nombreuses possibilités technologiques et le souci d'intéresser le lecteur.

Narratively a l'intention de développer un thème par semaine sur la vie à New York.

À chaque fois, un très long article complété par de courts documentaires vidéo, des animations et des photos. Les lecteurs auront aussi droit chaque vendredi à une session interactive avec les journalistes.

«On est en train de transformer le journalisme local», explique Rosenberg.

Le modèle économique de ces sites internet reste cependant en suspens.

Atavist.com semble sur le point de récolter 1,5 million de dollars grâce à des investisseurs, notamment Eric Schmidt, ex-PDG de Google.

Narratively espère réunir 50 000$ par la plate-forme Kickstarter, qui permet à des internautes de financer des projets.

Est-ce que cette nouvelle forme de journalisme peut éviter les écueils financiers qui ont plombé le journalisme d'investigation dans les publications traditionnelles?

«La question reste ouverte», répond Evan Ratliff, cofondateur d'Atavist.

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